Au lendemain d’un tournoi olympique qui a une fois de plus fait rayonner le hockey féminin, je ne peux m’empêcher de songer à ma propre carrière et à l’ampleur des changements survenus au fil du temps.
Lorsque j’ai moi-même atteint les plus hauts niveaux du sport en tant que joueuse, nous n’avions pas de ligue professionnelle digne de ce nom à laquelle nous rattacher.
Les ligues alors en place n’étaient en fait que des circuits où s’affrontaient les meilleures joueuses dans l’espoir d’intégrer leurs équipes nationales respectives. D’autres joueuses que j’ai côtoyées voulaient simplement continuer à pratiquer le sport qu’elles aimaient aussi longtemps que possible, tout en composant avec un emploi à plein temps à l’extérieur des patinoires.
Outre le fait de se joindre à une ligue, le rêve était de jouer pour son équipe nationale. Porter les couleurs de son pays au Championnat mondial féminin de l’IIHF et, tous les quatre ans, aux Jeux olympiques d’hiver.
Mais c’est désormais de l’histoire ancienne.
La Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) a changé la donne, autant pour les joueuses que pour le personnel entraîneur, les directions, le personnel d’arbitrage, les partisans et les partisanes. Le hockey féminin est complètement transformé.
Le rêve des plus jeunes de jouer pour leur équipe nationale ne disparaîtra jamais. Et c’est parfait comme ça. Mais à présent, ces athlètes peuvent tracer leur propre voie et même viser les rangs professionnels dans la LPHF avec l’espoir d’y soulever la Coupe Walter.

Par le passé, on sentait souvent un engouement pour le hockey féminin après les Jeux olympiques. Les grands duels pour la médaille d’or auxquels le Canada et les États-Unis nous avaient habitués y étaient certainement pour quelque chose. Malheureusement, l’intérêt finissait par s’estomper, jusqu’aux Jeux suivants. Ce n’était pas facile de suivre le hockey féminin, on ne savait jamais quand la prochaine rencontre allait avoir lieu. Et quand un match était diffusé, ce n’était pas toujours facile de trouver le bon poste. On ne savait pas où aller voir les athlètes sur la glace.
Aujourd’hui, il en va autrement.
Tous ceux et celles qui ont eu un coup de cœur pour nos athlètes à Milan – qui ont pu constater leur talent exceptionnel, connaître leurs histoires et se découvrir un amour pour leur sport – peuvent maintenant continuer à les suivre grâce à la LPHF. Qu’il s’agisse d’une première rencontre avec le hockey féminin ou d’une passion déjà bien ancrée, on sait désormais où se rendre, où suivre l’action. Et ça fait toute la différence.
Cela nous permet enfin de soutenir concrètement la croissance de notre sport.
Et cette croissance se manifeste de bien des manières, à commencer par ce qui concerne les joueuses elles-mêmes.
Les recherches montrent que les nouveaux publics tendent à suivre des athlètes plutôt que des équipes. Nous avons la chance d’avoir des joueuses qui ont des intérêts variés à l’extérieur de la patinoire. Ce sont des ambassadrices remarquables. Elles sont fidèles à leur sport et le représentent avec fierté, mais ont aussi une autre facette. Ça aide à créer des liens.
Et une fois que les gens ont la piqûre, qu’ils en redemandent, il s’agit de les attirer sur place.
C’est là que la ligue excelle au sein de ses huit marchés, à mon avis.
Nos arénas offrent une expérience conviviale en tous points de vue. On sent toute la joie, toute la passion qui se dégage de cette communauté créée collectivement, dont tout le monde aime faire partie. On a mis sur pied un endroit ouvert et accueillant autant pour les gens qui apprennent à connaître le sport que pour les personnes qui, par le passé, ne se sentaient peut-être pas toujours à leur place dans les gradins.
Et en parallèle, on travaille fort à l’échelle locale pour améliorer nos stages et nos camps afin d’inciter filles et garçons à s’initier au hockey et de nourrir leur amour du sport.
Parmi ces jeunes, rares sont celles qui atteindront la LPHF, si seulement elles jouent au hockey. Mais même pour celles qui ne font pas de sport, le hockey peut leur être bénéfique de bien des façons, et nous voulons donc offrir toutes les manières possibles d’y goûter.

On pense surtout au présent et à l’avenir, mais je m’en voudrais de ne pas parler du passé. Je pense aux joueuses venues avant moi et à celles que j’ai côtoyées à l’époque, mais aussi à la génération actuelle, qui ont toutes élevé le sport pour en faire ce qu’il est aujourd’hui. Toutes ont parcouru un chemin semé d’embûches pour arriver jusqu’ici.
Vu le contexte entourant la création de la LPHF, il était crucial de voir les joueuses unies pour un but commun qui devait l’emporter sur tout le reste, soit de bâtir un circuit professionnel viable. Guidées par les conseils de Billie Jean King, qui les invitait à parler d’une seule voix pour le bien de leur cause, les joueuses avaient un objectif clair : favoriser l’essor du sport et lui apporter une stabilité sans précédent. Participer à ce mouvement fut une expérience marquante. C’était spécial de voir tout un groupe de personnes, peu importe leurs origines, se rassembler dans un même but : créer quelque chose de plus grand qu’elles laisseraient en héritage à celles qui les suivraient.
Et ça n’a pas été facile. Pour les personnes qui n’étaient pas directement impliquées, il est presque impossible de mesurer combien le parcours a été exigeant. Les quatre ans avec l’Association professionnelle des joueuses de hockey féminin (PWHPA), les hauts et les bas, les jours où on doutait d’un dénouement favorable, les gens qui recommandaient de se contenter du statu quo, qui remettaient en doute les motivations et qui disaient que ce n’était simplement pas possible…
Mais c’est justement ce qui donne à notre réussite toute sa valeur. Une réussite qui marque un changement dans le hockey, certes, mais aussi dans la société en général. Pour moi, c’est un legs dont chaque personne ayant contribué à la cause peut être très fière.
En ce qui concerne les anciennes joueuses de ma génération, elles sont nombreuses à s’être impliquées dans la LPHF et à continuer de le faire, que ce soit comme entraîneuses, dirigeantes, conseillères ou autre. Ce groupe formidable a ce sport à cœur et veut le propulser à des hauteurs inégalées. On parle beaucoup des nouvelles possibilités offertes aux joueuses par la LPHF, mais il ne faut pas oublier les débouchés offerts aux femmes derrière le banc, en arbitrage ou au sein des directions, pour ne nommer que ces exemples.
Tant de femmes font partie de ce sport depuis si longtemps et possèdent une expérience et un savoir précieux à transmettre. C’est une chance inouïe et une grande fierté de pouvoir compter sur elles et de les voir continuer à redonner.

Et maintenant, on regarde vers l’avant.
Il y avait pas moins de 61 joueuses provenant des 8 équipes de la LPHF aux Jeux olympiques cette année, réparties parmi 8 des 10 nations participantes. Lors du match pour la médaille d’or, une autre pièce d’anthologie, 39 joueuses étaient des représentantes de la ligue. Cette édition des Jeux a fait état d’une parité du jamais vu au sein du sport, et c’est une tendance qui ne devrait que s’accentuer au fil de la croissance de la LPHF. J’ai hâte de voir ce que notre sport deviendra dans les années à venir.
La visibilité de nos athlètes olympiques, et celle du hockey féminin en général, n’a jamais été aussi forte.
À peine quelques semaines après la pause olympique, la LPHF a établi un record d’assistance aux États-Unis (plus de 17 000 personnes à Seattle), en plus de faire salle comble partout dans la ligue et d’atteindre de nouveaux sommets pour la vente de produits dérivés. Et on voit de plus en plus de filles porter des chandails des Poulin, Spooner, Fillier et autres.
Avant même la pause olympique, les matchs de la LPHF au Madison Square Garden et au TD Garden affichaient presque salle comble, ce qui est maintenant chose faite pour ces deux arénas historiques où la LPHF fera ses débuts en avril.
Ça semble presque irréel. Il y a cinq ans, personne ne se serait attendu à des changements aussi marqués, aussi vite. Mais voilà, le hockey féminin a la cote. Les gens continuent d’être au rendez-vous, et c’est tout le sport qui en ressort gagnant.
On espère que cet élan conduira plus de filles à s’inscrire au hockey mineur, avec le rêve de représenter leur pays aux Jeux de 2042 ou de 2046, peut-être. Et qui sait, peut-être remporter une médaille d’or pour leur nation. Mais elles pourraient aussi aspirer à se joindre aux Sceptres, aux Goldeneyes ou aux Sirens, par exemple. Autant de possibilités qui n’existaient pas auparavant.
Au bout du compte, c’est une question de visibilité. Comme Billie Jean King se plaît à le dire, rien n’est plus contagieux que l’exemple.

Je suis passionnée de hockey depuis l’âge de six ans. C’est un sport qui m’a tant donné. Un total de 17 saisons comme joueuse et de plus de 250 matchs où j’ai représenté mon pays. Quatre médailles d’or olympiques. Sept titres mondiaux. Le hockey m’a donné une deuxième famille et les personnes que je considère comme mes meilleures amies.
Je me sens donc extrêmement chanceuse de pouvoir contribuer à mon tour, afin que le sport se porte encore mieux pour les générations à venir.
Déjà, le hockey féminin progresse constamment. C’est un sport divertissant et robuste axé sur la vitesse et le talent. Et rappelons que la LPHF commence à peine à s’établir. Ça promet pour la suite.
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Jeremy Knight
Responsable, communications organisationnelles
Hockey Canada
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