Cher hockey,
Tu as toujours fait partie de ma vie.
Dès que j’ai mis les pieds sur une patinoire extérieure de Sudbury à l’âge
de trois ans, emmitouflée de la tête aux pieds pour jouer avec mes frères et
sœurs, par une température de -30°C dans un tourbillon de neige, je suis
tombée en amour avec toi. Tu m’as procuré une joie tellement pure. Tu m’as
procuré un sentiment de liberté. Tu m’as accueillie pour la vie.
Maintenant, après une vie passée à pratiquer le sport que j’aime, il est
temps pour moi de te dire au revoir en tant que joueuse. C’est difficile de
trouver les bons mots pour décrire à quel point tu as été important pour
moi, mais je me lance quand même!
J’ai grandi à Sudbury dans une maison avec trois frères et deux sœurs qui
ont tous joué au hockey. La compétition, c’était notre quotidien. Nous nous
sommes toujours poussés les uns les autres, que ce soit sur la patinoire
extérieure ou pour arriver en premier sur la glace avant un entraînement.
C’est de là que vient ma motivation et ma passion… du froid, du chaos et de
la joie de m’amuser avec ceux et celles que j’aime.
J’ai pratiqué plusieurs sports, mais aucun ne t’est arrivé à la cheville.
C’est au hockey que je me sentais le plus vivante.

À mes débuts, j’ai joué avec les garçons. Par la suite, j’ai porté les
couleurs des Lady Wolves de Sudbury à l’école secondaire. Chaque étape de
mon cheminement a façonné la personne que je suis aujourd’hui. J’ai eu la
chance d’avoir des coéquipiers et coéquipières, de même que des entraîneurs
et entraîneuses fantastiques qui ont cru en moi, qui m’ont mise au défi et
qui m’ont aidée à progresser. La communauté de Sudbury, les patinoires, les
matinées de hockey, les orteils gelés… tout ça occupera toujours une place
spéciale dans mon cœur. J’ai eu le privilège de grandir entourée d’une
famille, d’amis et de coéquipiers et coéquipières qui étaient toujours là
pour moi. Mes frères et sœurs ont été à la fois mes plus féroces
compétiteurs et ma plus grande source d’inspiration. Et mes parents, ils ont
été absolument tout pour moi. Mon père était mon entraîneur, mon mentor,
celui qui trouvait toujours des façons de m’aider à m’améliorer. Ma mère
était mon roc, une présence apaisante qui me soutenait dans mes hauts et mes
bas. Ils ont tellement sacrifié de choses pour nous pousser à atteindre nos
rêves. Je leur en serai éternellement reconnaissante.
Après l’école secondaire, je suis passée au niveau suivant à l’Université
Cornell. Mes parents et mes sœurs ont influencé grandement ma décision. Je
suis tellement chanceuse de les avoir comme modèles. Ces quatre années ont
été parmi les meilleures de ma vie. J’ai profité d’un enseignement de classe
mondiale tout en pratiquant le sport que j’aime au plus haut niveau de la
scène universitaire. J’ai appris à trouver un équilibre dans ma vie
d’étudiante-athlète, à agir comme une leader, à écouter les autres, à
progresser. J’ai participé à des tournois du Frozen Four, j’ai passé des
matinées sur la glace avec l’entraîneur Doug Derraugh, qui faisait tout en
son pouvoir et même plus pour m’aider à peaufiner mon jeu. Tous ces éléments
ont contribué à forger la joueuse et la personne que je suis devenue. C’est
vraiment à l’Université Cornell que j’ai découvert qui j’étais sur la glace
et dans la vie en général.
Et plus tard, j’ai réalisé mon rêve : participer aux Jeux olympiques.
Je n’avais que 20 ans. Et c’était Vancouver 2010. Jamais je n’oublierai le
sentiment de fierté de revêtir le chandail d’Équipe Canada et de représenter
mon pays sur la scène mondiale. Et ce sentiment ne s’est jamais dissipé lors
des Jeux suivants, à Sotchi, à PyeongChang et à Beijing. À chaque édition,
j’ai vécu une aventure unique où ma résilience et ma volonté ont été mises à
l’épreuve. J’ai gagné quatre médailles olympiques : trois d’or et une
d’argent. J’en suis si fière. Mais je suis encore plus fière des personnes
avec qui j’ai vécu ces moments.

Je me souviens encore d’avoir regardé les Jeux de Salt Lake City en 2002
avec mon père. C’est à ce moment que j’ai su que je voulais participer aux
Jeux. Voir les équipes féminine et masculine remporter l’or pour le Canada,
l’émotion, l’unité et la passion qui régnaient, cela a attisé une flamme en
moi qui ne s’est jamais éteinte. Vivre ce rêve à mon tour et partager ces
moments avec ma famille, en particulier mes parents, c’est quelque chose que
je chérirai à jamais. Jamais je ne pourrai oublier le moment où je me suis
retrouvée avec ma première médaille d’or au cou. J’ai réussi à apercevoir
mes parents dans les estrades parmi la foule de 20 000 personnes, toutes
vêtues de rouge et de blanc. Ils étaient en larmes. C’était la première fois
que je voyais mon père pleurer. La fierté et la joie que son visage
dégageait, je ne pourrai jamais oublier ça.
J’ai vécu un autre chapitre important de ma carrière lorsque j’ai joué dans
la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), où j’ai eu l’honneur de
remporter deux fois la Coupe Clarkson avec l’Inferno de Calgary. La ligue a
permis à tellement de joueuses de compétitionner à un haut niveau et de
continuer de poursuivre leurs rêves. Maintenant que la LCHF n’existe plus,
je me remémore ces années avec un fort sentiment de fierté et de gratitude.
C’est sensationnel de suivre la montée de la nouvelle ligue professionnelle
et de voir les joueuses enfin jouir de la reconnaissance dont nous avions
toujours rêvé. Même si je n’aurai pas eu la chance de faire partie de cette
nouvelle ère, je suis fière d’avoir contribué à ma façon à l’évolution et à
l’essor du hockey féminin, à faire tomber des barrières et à paver la voie à
ce qui est maintenant possible dans ce sport. Le portrait du hockey féminin
a vraiment fière allure, et ça me remplit d’espoir, de joie et de fébrilité
pour la suite des choses.
Faire partie du programme de Hockey Canada pendant plus de 15 ans a vraiment
été l’honneur d’une vie. À regarder aller la direction, les entraîneurs et
entraîneuses, de même que les membres du personnel qui travaillent
d’arrache-pied en coulisse, je me sens vraiment privilégiée d’avoir fait
partie d’une organisation de classe mondiale comme celle-là. Hockey Canada
m’a donné l’occasion de représenter mon pays sur les plus grandes scènes,
aux Jeux olympiques ainsi qu’à de nombreux championnats mondiaux, et je ne
pourrai jamais oublier le sentiment de porter la feuille d’érable. Enfiler
ce chandail avait une immense signification pour moi; c’était la
concrétisation d’un rêve et une responsabilité que je ne prenais jamais à la
légère.
Le hockey m’a tant donné, tellement plus que des médailles et des
championnats. Il m’a poussée à me fixer des objectifs. Il m’a procuré des
amitiés impérissables. Il m’a enseigné à me sacrifier, à m’engager, à
travailler en équipe, à persévérer et à aimer. Il m’a fait voyager dans le
monde entier et m’a fait rencontrer des personnes qui m’ont inspirée. Et il
m’a aidée à devenir la personne que je suis aujourd’hui.
Même si j’accroche mes patins, je ne dis pas adieu au hockey. Ce sport fera
toujours partie de moi. Je suis vraiment heureuse de continuer de contribuer
au hockey dans un rôle de développement des joueurs avec les Flames de
Calgary et d’aider la prochaine génération à progresser, comme tant de
personnes ont fait pour moi.
Merci au hockey… pour tout.
Pour les souvenirs sur les patinoires extérieures de Sudbury.
Pour les coéquipiers et coéquipières ainsi que les entraîneurs et
entraîneuses qui ont cru en moi.
Pour les matinées sur la glace, les coups durs, les triomphes et les leçons
de vie.
Pour avoir fait de moi qui je suis.
Avec amour et gratitude,
Johnny